Vous avez sans doute remarqué cette impression générale : tout le secteur automobile semble foncer vers le 100 % électrique. Et pourtant, Lamborghini choisit une autre voie : repousser son premier modèle entièrement électrique au-delà de 2030 et revoir son projet Lamborghini Lanzador. Derrière ce virage, il n’y a pas de retard subi. Il y a une lecture lucide du marché… et des attentes réelles des clients.
Une demande client quasi nulle pour le « 100 % électrique » dans l’ultra-luxe
Pourquoi proposer un produit que vos clients ne réclament pas vraiment ? C’est exactement la question que s’est posée Stephan Winkelmann. Pour lui, le constat est simple : conduire une Lamborghini, ce n’est pas seulement se déplacer vite. C’est ressentir. Le bruit du moteur, les vibrations, cette montée en puissance presque physique… tout cela compte énormément.
Dans ce contexte, une supercar 100 % électrique peut sembler trop silencieuse, presque déconnectée. Le dirigeant parle même d’un « hobby coûteux ». Une formule forte, mais révélatrice. Résultat : le projet Lanzador évolue vers une version hybride rechargeable (PHEV). Une solution plus réaliste aujourd’hui. Et finalement, plus cohérente avec ce que recherchent les clients.
Le succès financier record des motorisations hybrides (V12 et V8)
Faut-il vraiment changer une stratégie… quand elle fonctionne à ce point ? Les résultats de 2025 donnent le ton : 10 747 voitures livrées et 3,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Difficile de faire mieux. Les modèles hybrides comme la Lamborghini Revuelto et la Lamborghini Temerario rencontrent un succès impressionnant.
Les carnets de commandes sont pleins jusqu’en 2027. Oui, pleins. Dans ces conditions, pourquoi prendre un virage risqué vers le tout-électrique, alors que l’hybride offre déjà un équilibre convaincant ? Moins d’émissions, mais toujours autant de sensations. Le compromis semble idéal. Et les clients suivent.
Des verrous techniques persistants : Le poids et la gestion thermique
Passons à un point plus technique. Les batteries actuelles posent un problème simple : elles sont lourdes. Très lourdes. Et ce poids a des conséquences directes sur le comportement de la voiture. Moins d’agilité, une répartition des masses moins optimale, ce n’est pas anodin pour une supercar.
Et sur circuit ? La situation se complique encore. La gestion thermique devient un enjeu majeur. Concrètement, la voiture peut perdre en performance après plusieurs tours, simplement parce qu’elle chauffe trop.
Chez Lamborghini, le fameux « Feel like a Pilot » reste une priorité. Alors plutôt que de faire des compromis, la marque préfère attendre. Les batteries solides, attendues autour de 2030, pourraient changer la donne. Plus légères, plus efficaces. En résumé, plus adaptées à l’ADN de la marque.
L’attentisme stratégique face au lancement de la Ferrari « Luce »
Parfois, avancer intelligemment, c’est aussi savoir observer. Pendant que Lamborghini temporise, Ferrari s’apprête à lancer la Ferrari Luce en mai 2026. Un moment clé pour tout le secteur. Comment le marché va-t-il réagir ? Les clients seront-ils séduits par une Ferrari électrique ? Ou au contraire, resteront-ils attachés au thermique ?
Lamborghini adopte ici une posture stratégique claire : laisser son rival essuyer les plâtres. Observer les retours, analyser les performances, comprendre les réactions. Une approche prudente, mais loin d’être passive.
Le pari des carburants de synthèse (e-fuels) pour sauver le thermique
Et si l’avenir ne se résumait pas à une seule solution ? Les e-fuels offrent une alternative intéressante. Ce sont des carburants synthétiques, produits à partir d’énergies renouvelables, capables d’alimenter des moteurs thermiques tout en réduisant fortement les émissions.
Pour Lamborghini, c’est une piste sérieuse. Elle permettrait de conserver ce qui fait son identité : le son du moteur, les sensations, l’émotion pure. En repoussant son passage au tout-électrique, la marque se donne du temps. Le temps d’observer, d’expérimenter, de choisir la bonne direction. Une question reste en suspens : faut-il suivre la tendance… ou construire la sienne ?



